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Jeudi 23 Sep 2021
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La Gloire de l'Edankan Forum Index » » Tome 1 : L éclat du pendentif » » Consistance des personnages
Auteur
Consistance des personnages
Xavier de Brabois


Inscrit: Nov 20, 2005
Messages: 551
De: Bourges
Posté le: 07-07-2006 à 20:13    
Dans un autre fuseau, nous en sommes venus à parler de la consistance d'Eldeflar.
Le héros ne paraît prendre un peu de consistance que lorsqu'il rencontre Sinnopée, une jeune fille du château.
Le manque de description sur les persos semblaient jouer aussi en faveur de ce manque de consistance.


Vous dites qu'Eldeflar ne se distingue pas avant cet événement parce qu'on ne distingue pas chez lui de trait de caractère.
Est-ce que cela veut dire qu'à partir de son dialogue avec Sinnopée, on peut enfin lui mettre un caractère, dire de lui qu'il est pataud par exemple (le premeir trait de caractère que l'on découvre ?)
Ou est-ce parce qu'on découvre que d'autres personnages s'intéressent à lui ?
Ou est-ce parce que c'est son premier vrai dialogue (il me semble) ?

Comparons avec d'autres personnages, quand prennent-ils de la consistance ?
Frodon, selon moi, est insignifiant avant qu'il ne revienne prendre l'anneau laissé par Bilbon (ça fait déjà un ou deux chapitres)
Harry Potter n'est guère signifiant avant... oulà, avant son arrivée à Poudhlard (ou Pouldard, ou Pouhdlar... bref...)
Chez Jules Vernes, le héros central a peu de consistance jusqu'à la fin (ce sont les personnages secondaires qui en ont)
Au contraire, dans les misérables, je dosi bien avouer que les perosnnagesont nue forte consistance dès le début : des caratères très marqués, très sûrs d'eux dans leur façon d'être.

En fait, selon moi, la marque d'un personnage qui a de la consistance, c'est le type du héros que je nommais américain (en ces lieux) : le héros cowboy (ou superhéros, c'est le même), sûr de lui, qui rit devant une menace et se moque de ses ennemis.
Les trois autres types de héros (comiques, tragiques, ou par procuration), ont-ils beaucoup de consistance, et si oui comment ?

[ Ce Message a été édité par: Xavier de Brabois le 10-08-2006 à 15:04 ]


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Manège


Inscrit: Jan 11, 2006
Messages: 201
De: Paris
Posté le: 07-07-2006 à 23:40    
J'ai réfléchi à cette question de la (relative) "prise de consistance" d'Eldeflar à l'arrivée de Sinoppée, et je crois que j'ai compris à quoi cela tient. Aucune de tes trois hypothèses ne me paraît totalement juste, Xavier. Il me semble en réalité que jusqu'à cet épisode, Eldeflar nous est présenté comme engagé dans une routine qu'il respecte de façon quasi-mécanique. La vie au château, les règles, les habitudes de chaque jour. Il est une sorte d'automate qui n'évolue pas vraiment mais se laisse porter. Et soudain, voilà que la mécanique s'enraye sensiblement, il se met à laisser ses émotions, même vagues, modifier ses actions. Sinoppée, en quelque sorte, le détourne de sa fonction plus ou moins établie et fait de lui un être autonome, qui va aller jusqu'à prendre des risques inutiles pour la voir.
Je ne sais pas si je suis clair...


Pour ce qui concerne tes distinctions de héros, c'est peut-être une question de caractère, mais je ne suis pas du tout d'accord avec l'idée que le cow-boy soit consistant. De même pour le super-héros, sauf quand il se montre torturé et en proie à de grands dilemmes - tourments directement inspirés (en général) des grandes histoires de l'Antiquité.
Je reviens à mes vieilles idées, mais je reste convaincu que ce sont les petits défauts qui apportent une "réalité" au personnage. Ce sont eux qui permettent de mesurer son "degré d'incarnation". La consistance, pour moi, commence par là et passe ensuite par la capacité du héros à réfléchir sur lui-même et sur le monde qui l'entoure, plutôt qu'à se laisser porter par les événements (Candide) ou à toujours exactement savoir quoi faire (dans une certaine mesure, James Bond, même si on pourrait revenir dessus car j'ai une réelle affection pour ce personnage).


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Akela


Inscrit: Feb 26, 2006
Messages: 317
De: Paris XV
Posté le: 08-07-2006 à 01:11    
Là encore, je suis d'accord avec Manège. Non, on ne peut pas dire qu'Eldeflar n'est pas consistant avant de "rencontrer" Sinoppée (qu'il est d'ailleurs déja censé connaître). Il arrive dans le récit avec sa propre consistance, qu'on ne connaît pas encore bien mais qui existe réellement.
En même temps, je suis militant de l'idée qui veut que les personnages des livres, pour être de bons personnages, puissent avoir une vie réelle en dehors de tout ce qu'on lit d'eux, donc ...

Les héros américains, comme tu dis, ne sont au contraire pas des personnages consistants. Peut-on imaginer la vie de Superman, du Cap'tain Kirk ou de Zorro en dehors de leurs aventures ? Pas du tout, ce ne sont que des poupées, des marionettes qui se rangent dans leur boîte une fois la représentation terminée. Tout le contraire, par exemple, de Bilbo Baggins (Bilbon Sacquet, NDT) qu'on voit très bien poursuivre sa petite vie tranquille à Bag-End (Cul-de-Sac, NDT) entre le Hobbit et le Seigneur des Anneaux. Le contraire de pas mal de héros dont on sait très bien qu'entre les différents épisodes de leurs aventures, ils vont au bureau, vivent en famille, etc.
Eldeflar, avec cette affaire de Sinoppée, on se rend compte qu'il appartient à cette catégorie-là de héros, ceux qui vivent vraiment par eux-mêmes.

Pour ce qui est des petits défauts, on rejoint la même réflexion : les héros parfaits sont des héros-marionettes, Buck Danny que son auteur peint entrain de s'ennuyer tout seul dans son cockpit entre deux albums pendant que Tumbler et Tuckson vont faire la fête, fumer pour l'un et boire pour l'autre ... (On apprend plein de choses avec les intégrales Buck Danny ) Un bon héros est un héros humain, réel, et qui a donc des défauts. La timidité et l'effacement sont ceux d'Eldeflar, ce qui, je répète, est tout à fait normal pour un garçon de son âge se retrouvant dans sa situation.
(Se retrouver brimé par tous les autres enfants de son entourage avec pour seul ami un trentenaire, on fait mieux pour le développement psychologique et affectif de l'enfant et de l'adolescent ...)


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Xavier de Brabois


Inscrit: Nov 20, 2005
Messages: 551
De: Bourges
Posté le: 09-07-2006 à 02:01    
Très bon contre-exempleBuck-Danny en effet, du héros cowboy tout à fait inconsistant... c'est pourtant le contraire de James Bond ou de SuperMan (dont la consistance vient, pour les deux, sans doute du fait qu'ils ont un secret à tenir chaché, une fausse identité en double).
La consistance ne vient donc pas en effet de l'effet "sûr de soi" ! Ouf ! Tant mieux, je me demandais comment l'intégrer à mes personnages.

Les petits défauts, oui bien sûr, mais ça ne suffit pas.
Les héors qui vivent par eux-mêmes... hum, c'est vague, mais ça doit être plus de ce côté. Le héros trop prévisible est finalement le plus inconsistant. Ton analyse me semble juste, Manège, c'est bien avec Sinopée que la routine des toutes premières pages est cassée (mais c'était pourtant l'arrivée de l'elfe Efaris qui était censée le faire).
Le héros consistant serait donc celui qui n'est pas trop prévisible, mais qui ne nous surprend pas au point de ne plus être le personnage que l'on attend. (?)


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Akela


Inscrit: Feb 26, 2006
Messages: 317
De: Paris XV
Posté le: 09-07-2006 à 13:12    
C'est exactement cela.
C'est d'ailleurs ce que je reprochais autre part à Fleur-des-Sables, l'auteur d'Ondine : un personnage (même secondaire, par exemple un méchant comme Hugues dans son roman) dont on peut trop deviner à l'avance comment il va réagir, parce qu'il n'a qu'un seul trait de caractère qui est son rôle dans le roman (Hugues : il est méchant), ça n'a aucun intérêt. D'une part parce qu'il ne laisse aucun doute, il n'y a plus de surprise : on sait ce qu'il va faire à la page suivante, alors que le plaisir de la lecture réside dans une certaine suprise -très relative tout de même- de découvrir ce que font les personnages. D'autre part, et c'est surtout cela qui me gène, parce que cela enlève toute crédibilité au personnage. C'est ce que je veux dire quand je dis qu'un personnage doit pouvoir vivre par lui-même : il doit être réel, ou du moins réaliste. Sinon ça n'est qu'un pantin sans intérêt.

La paleur d'El' est en fait ce qui le rend si réel : il ne s'est pas encore trouvé (on se demande même s'il a commencé à se chercher), il est à un âge où l'incertitude et l'hésitation sont une loi de vie, donc il se laisse ballader ... Mais c'est normal, c'est lui. Un Eldeflar, un Orufis sur d'eux-mêmes et de ce qu'ils auraient à faire, ils perdraient tout leur intéret.
Yamaar, qui est un peu trop sur de lui, n'est pas le personnage le plus sympathique ... Alors que Dogost, qui l'est aussi, est beaucoup plus aimable. Comme quoi, l'assurance n'a rien à voir avec la qualité du personnage.

Pour James Bond et Superman, je ne suis pas d'accord. J'aime beaucoup 007, mais sa consistance ne lui vient pas de ce qu'il prend de fausses identités (elles sont d'ailleurs assez ternes, ce qui en ferait un piètre agent secret en réalité). Il a vraiment un caractère, il est humain, c'est ça qui le rend sympathique. Quant à Superman, c'est à mon sens l'archétype du personnage creux qui n'est que par ses actes.


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Xavier de Brabois


Inscrit: Nov 20, 2005
Messages: 551
De: Bourges
Posté le: 09-07-2006 à 15:53    
Alors prenons Batman, dont la Warner a fait un des personnages les plus consistants que je connaisse (et ses ennemis dans la foulée). Superman, c'est vrai, n'est pas si consistant que ça. Je prenais l'archétype du héros sûr de lui, mais puisque finalement ce n'est pas là la clef...
C'est clair qu'au niveau couverture, 007 est plutôt mauvais



il ne s'est pas encore trouvé (on se demande même s'il a commencé à se chercher)
Je crois qu'il commence à se poser la question après la rencontre d'Hénaden.


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Akela


Inscrit: Feb 26, 2006
Messages: 317
De: Paris XV
Posté le: 09-07-2006 à 16:26    
Un peu plus d'accord pour Batman, mais ce n'est pas encore ce que j'appelle un vrai personnage. Je ne le connais pas trop, je n'ai pas vu les films depuis quelques années ... M'enfin bon, les superhéros en général ne sont pas à mon sens de vrais personnages. Parce qu'un personnage réel est faillible, il sait qu'à chaque fois qu'il attaque il peut être tué, et qu'il peut rater tout ce qu'il commence. Bien sur ça n'arrive pas, ou rarement, mais il sait que ça peut arriver. Les superhéros, ça n'est pas ça ...

Eldeflar commence à se chercher après sa rencontre d'Hénaden ? A mon avis il commence, mais un tout petit peu, très faiblement, après l'épisode de Sinoppée. Là, il commence à se chercher comme homme, après Hénaden il commence à se chercher comme celui qu'il sera. Mais je pense qu'on franchit un troisième pallier entre le tome 1 et le tome 2 ? J'attends ce second tome avec impatience.


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lambertine


Inscrit: Apr 20, 2006
Messages: 21
Posté le: 10-07-2006 à 10:42    
Alors, quand je dis "sans consistance", ce n'est pas une critique "littéraire" mais plutôt "psychologique" : Eldeflar est un gentil gamin orphelin, mais qui ... rame, si j'ose dire. Il se laisse vivre, de façon pas trop désagréable, protégée (mis à part la méchanceté de Ryban). Il ne cherche et ne recherche pas grand chose... et quand Sinoppée apparaît, il la "cherche", elle... Cette "inconsistance" n'est pas un défaut du livre, elle est celle du gamin qui se cherche (ou qui ne se cherche pas, d'ailleurs...)

(... au sujet des super-héros... ben... je les trouve, eux "inconsistants" sous tous rapports. Au niveau littéraire ET psychologique. Pas parce qu'ils se cherchent, qu'ils sont gamins ou timides ou... mais parce que cette "facette" de "tout-puissant-sauveur-du-monde" efface tout le reste, en général. Batman, pour ce que j'en connais, est peut-être une exception, lui, quand il redevient Bruce Wayne, mais ses ennemis... euh... ils sont "méchants", c'est tout...)

(et il faudrait quand même que je me procure "Ondine"...)


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Xavier de Brabois


Inscrit: Nov 20, 2005
Messages: 551
De: Bourges
Posté le: 11-07-2006 à 00:57    
Pour Batman, je pensais surtout aux terribles DA de la Warner (et non pas aux films qui n'ont aucun intérêt sinon le divertissement) - Batman étant le seul super-héros 100% humain, c'est vraiment le plus fascinant. Ses ennemis, du moins tels que traités par la Warner, sont très travaillés, on sait pourquoi ils sont méchants, ou pourquoi ils agissent en méchant (sauf le Joker), et on les comprend presque, sans parler de leurs tentatives de rédemption (et même là parfois Batman se trompe comme Javert). Et Batman est toujours sur le fil du rasoir entre le bon côté et le mauvais, celui du simple voyou. Entre l'ombre de son personnage et la lumière de son autre rôle de Golden boy, condamné à ne pas pouvoir fonder de foyer par une sorte de malédiction personnelle qu'il s'est lui-même infligée. J'aime beaucoup ce personnage en général, (le seul à avoir pu vaincre SuperMan !!), quoique pas toujours en particulier).
(euh, fin de parenthèse)




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Manège


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Posté le: 11-07-2006 à 10:39    
Tout à fait d'accord pour Batman. J'avais commencé hier un message dans lequel je disais que le gros point faible des films tenait au parfait ridicule des méchants... mais mon ordinateur a tout effacé !
Il y a une tendance, actuellement, à vouloir donner de la consistance aux super-héros dans les adaptations cinématographiques en les confrontant à de grands dilemmes moraux, mais je trouve qu'on en fait trop autour. Au moment de la sortie de Spider-Man 2, je me souviens que tout le monde s'extasiait devant la "dimension shakespearienne" (sic ) du personnage... Bon, Peter Parker n'est quand même pas Hamlet !

Pour James Bond, c'est selon moi un cas à part. Mais, sans doute comme le plupart des héros, il tire sa vraisemblance de la cohérence de son univers. Et son caractère est construit de façon relativement intelligente, à commencer par la mort de ses parents qui n'est pas traitée selon le mode habituel du trauma (qui n'est presque pas traitée, d'ailleurs !). Et il y a un certain nombre d'éléments fondateurs pour lui, parmi lesquels ses relations avec Vesper Lynd (que le prochain film va enfin aborder !) et sa femme, Tracy...


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Manège


Inscrit: Jan 11, 2006
Messages: 201
De: Paris
Posté le: 16-07-2006 à 17:26    
La comparaison quasi-systématique ces temps-ci de Zidane avec un héros mythique, voire homérique (ce qui est selon moi une ânerie sans nom, mais je ne vais pas le développer ici...), m'a fait repenser à la consistance de tels personnages, généralement peu recommandables et, à leur façon, "tourmentés".

Du coup, je me suis fait quelques réflexions qui me poussent à préciser ce que je disais au niveau des défauts des caractères (et qui paraît avoir été prolongé dans l'évocation de leurs blessures, etc.) : il me semble que ce ne sont pas en eux-mêmes leurs défauts qui les constituent, mais plutôt la façon dont ils les vivent, dont ils les "gèrent" ( ce mot...). En somme, je veux juste préciser ce qui vous aparaîtra sans doute comme une évidence : il ne suffit pas de montrer toutes leurs failles, encore faut-il les exploiter habilement, montrer comment les surmonter et éventuellement jusqu'où les personnages peuvent tomber dedans...


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Xavier de Brabois


Inscrit: Nov 20, 2005
Messages: 551
De: Bourges
Posté le: 10-08-2006 à 15:03    
Bon, je ne sais pas très bien où placer ce message, dans ce fuseau ou dans celui sur La place des personnages dans le récit, mais j'ai trouvé par hasard sur le net un très bon texte de Yves Meynard, directeur d'une revue de Science Fiction qui publiait des nouvelles, et donc issu de son expérience critique.
Le texte complet et amusant se trouve sur cette page.
Il donne des conseils enfin illustrés et précis sur la manière d'écrire ou de construire une intrigue qui ne rende pas un comité de lecture réfractaire.

Il parle surtout du SF, mais ses commentaires sont bons à prendre pour d'autres styles littéraires quand même.
Il y a plusieurs passages qui je trouve sont particulièrement pertinents :


Anonymat

Caractéristique fréquente (et irritante) des protagonistes. Un protagoniste anonyme peut en fait avoir un nom; l'idée est qu'il n'a essentiellement rien d'autre. Les trois informations que beaucoup d'auteurs se limitent à donner sur un personnage sont: le nom, l'âge et la profession. Or, ces trois aspects du personnage sont le plus souvent sans aucun rapport avec le texte. Que mon héros s'appelle Georges et qu'il ait 47 ans ne joue aucun rôle. Et que Georges soit comptable, architecte ou chef-cuisinier est généralement sans importance; il est très rare de voir un personnage exercer sa profession. Ce qui est important pour un texte, c'est de savoir si Georges est un coeur tendre ou un trou de cul; s'il aime l'humanité plus que les livres; s'il collectionne les armes à feu ou les contraventions; s'il vote, pour qui et pourquoi. Mais ces détails-là manquent systématiquement aux protagonistes anonymes. De ce fait, ce sont des personnages qui ne suscitent aucun intérêt de la part du lecteur.
Les protagonistes anonymes sont fréquemment des victimes innocentes dans les textes de fantastique.
A mettre en lien avec l'amnésie, qui est la propriété de certains personnages à ne pas avoir de passé.
Ce genre d'anonymat a plusieurs degrés, et finalement je me demande si Eldeflar ne tombe pas dans ce travers. Certes, il n'est pas amnésique et a un passé, comme tous les autres personnages. Mais on ne sait pas ce qu'il aime faire, ce qu'il pense de la geopolitique régionale etc.
En même temps, le fait est que je met en scène dans les commencements un héros qui n'a pas de personnalité, donc pas d'avis. Quant à ce qu'il aime, ça se réduit à peu de chose : il a peur des chevaux, il aime le travail du forgeron...


Mais un autre travers dans lequel il se peut fort que je sois tombé, c'est celui de la passivité :

Passivité

Maladie qui afflige fréquemment les protagonistes des textes de fantastique. Le protagoniste passif assiste, impuissant, au déroulement des événements surnaturels et meurt généralement à la fin, sans avoir essayé de lutter. Un des moteurs du fantastique est justement le sentiment d'impuissance; mais la passivité d'un personnage découle à priori de la paresse de l'auteur, qui ne veut pas perdre son temps à imaginer ce que son personnage pourrait essayer pour se sortir de sa situation

Pour un lecteur chevronné, c'est très fatigant, parce qu'il perçoit très bien que c'est l'auteur qui est passif. La personnalité d'un personnage s'affiche entre autres dans ses actions; quand il ne fait rien, le personnage reste une simple silhouette. Il n'est pas vraiment là.

Quand vous mettez en scène un protagoniste passif, c'est un signe que vous ne voulez pas vous encombrer d'un personnage, que seule l'idée compte pour vous. Mais ce faisant, vous vous privez d'un outil précieux pour donner de la valeur à votre texte: lorsque le personnage interagit avec son environnement, il se confronte avec l'idée et vous permet de l'explorer, de la détailler.

Exemple: Jacques constate la disparition progressive et surnaturelle des livres de sa bibliothèque, bientôt suivie de celle de ses meubles. À la fin, il se dissout avec son appartement. Durant tout ce temps, Jacques n'a rien fait, il a simplement constaté. Ce qui lui arrive à lui ne nous touche pas, car Jacques n'a pas de consistance, pas de personnalité. Tout ça aurait aussi bien pu arriver à Paulette, à Miroslav, ou à Triksq855 le Dénébien...

Par contre, supposons que Jacques essaie de téléphoner à un ami pour lui demander de l'aide; qu'il tente de quitter son appartement, afin de voir si le phénomène est centré sur lui ou sur un lieu précis; qu'il dresse une liste des volumes qui disparaissent, pour voir dans quel ordre cela se produit; qu'il prie Jésus ou Belzébuth de le sauver. Jacques ne parviendra peut-être pas à mieux comprendre ce qui lui arrive, mais le lecteur, lui, va voir les choses plus clairement, et va s'intéresser davantage à Jacques, s'identifier plus facilement à lui. De sorte que le destin final du protagoniste va lui tenir à coeur.
Evidemment il parle plus d'un travers scénaristique cher au monde SF (issu certainement de la guerre des mondes racontées à la BBC par un journaliste qui se contentit d'assister à la fin du monde) que d'une lacune de personnage.
Néanmoins mes personnages ne sont-ils pas TROP passifs. Eldeflar, au-delà du fait qu'il n'a pas encore de personnalité, ne pourrait-il parfois réagir d'une façon ou d'une autre, même mauvaise, mais réagir un peu plus ?
N'est-ce pas ce qui le rend un peu creux finalement, dans ce que l'on essaye d'étudier depuis le début de ce fuseau ?



Il y a aussi un passage sur le Message que j'ai fini par adopter, mais qui me conforte dans ce changement de vision.

Oubliez le message; oubliez d'essayer de le faire passer. Si vous avez la moindre parcelle de talent, votre vision du monde transparaîtra à travers ce que vous écrivez. Tous les messages que vous pourriez vouloir faire passer vont passer, sans effort de votre part, sans emmerder le lecteur, sans transformer votre histoire en un sermon. Si vous croyez sincèrement que « quand on veut, on peut », vos personnages et votre intrigue vont refléter cette croyance d'eux-mêmes.
Ca me semble très juste. A un bémol près, c'est que les messages à caractère religieux ne sont plus déchiffrables aujourd'hui par un public qui n'a plus aucune culture de ce côté là

Enfin, concernant le style, il suggère une bonne idée : lire son texte à voix haute comme au théâtre pour voir si les phrases s'enfilent bien !
Je vais essayer tiens. Ca me guérira peut être des relatives.


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Akela


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De: Paris XV
Posté le: 10-08-2006 à 19:21    
Ben je suis tout à fait d'accord avec ce Monsieur !!

Le message, si tu veux le faire passer, ton histoire sera nulle. Si tu ne t'en préoccuppes pas mais que tes personnages vivent selon lui, alors il passera -même si le lecteur n'a pas la capacité de le déchiffrer en théorie ...

Pour la consistance et la passivité des personnages, il a bien raison. La seule chose qui sauve Elfeflar de ce travers, c'est justement qu'il est normal qu'il n'aie ni consistance ni volonté d'agir sur les évènements ... Pour le tome 1, car il faut que ça change dans le tome 2, à mon avis : il faut bien que la découverte de l'étonnante interaction entre El' et l'Edànkan ait une raison et une conséquence sur le personnage ...


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Manège


Inscrit: Jan 11, 2006
Messages: 201
De: Paris
Posté le: 11-08-2006 à 00:22    
"un travers scénaristique [la passivité] cher au monde SF (issu certainement de la guerre des mondes racontées à la BBC par un journaliste qui se contentit d'assister à la fin du monde)"
Je n'en suis pas certain. C'est tout de même un peu le propre de la science-fiction que de présenter un univers ou une intrigue qui dépasse de très loin les personnages, qui ne sont souvent là que pour permettre à l'histoire de se dérouler... (Exemple : Luke Skywalker ne fait pas grand chose lui-même dans l'Episode IV ; il est davantage spectateur que véritable acteur.)


Au sujet des messages, il me semble que c'est vrai pour les "grandes morales de l'existence", mais qu'il faut parfois néanmoins énoncer explicitement certaines idées. Je pense évidemment à des messages "mineurs" (vous savez : ceux qui sont retenus comme aphorismes dans les dictionnaires de citations ! ).

"concernant le style, il suggère une bonne idée : lire son texte à voix haute comme au théâtre pour voir si les phrases s'enfilent bien !"
Tu n'as jamais entendu parler de Flaubert et de son "gueuloir" ?! C'est une technique particulièrement efficace, mais qui peut avoir à la longue pour inconvénient de pousser à rechercher la sonorité avant le sens... Cela dit, c'est vraiment un excellent exercice !

"Je vais essayer tiens."
Surtout pas, malheureux ! Tu pourrais mourir étouffé !


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Akela


Inscrit: Feb 26, 2006
Messages: 317
De: Paris XV
Posté le: 11-08-2006 à 00:25    
Il n'est pas à la taverne, le nain, à cette heure-là ?

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Manège


Inscrit: Jan 11, 2006
Messages: 201
De: Paris
Posté le: 11-08-2006 à 00:41    
Grossier personnage !


M'sieur d'Brabois ! M'sieur d'Brabois ! Y'a l'elfe autoproclamé qui fait rien qu'à m'embêter !



(T'inquiète, tu vas pouvoir être tranquille : il "paray" que le manège s'en va demain tourner en Bourgogne pour une bonne semaine...)


(J'espère que vous serez sages en mon absence ! )


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